Servitude de passage - Conditions d'usage
Farenheit456 Messages postés 383 Date d'inscription Statut Membre Dernière intervention -
Bonjour,
Je me permets de vous contacter au sujet des conditions d'usage d'une servitude de passage. En effet, je suis bénéficiaire d'une servitude de passage conventionnelle, reconnue par acte notarié, afin d'accéder à mon verger, mais la personne qui me doit le passage (nouvellement propriétaire du bien concerné) refuse que je passe au motif que j'ai un autre accès (via un chemin privé où effectivement le passage est toléré).
J'ai eu recours à un conciliateur de justice et, afin de faire un effort, j'ai proposé de n'utiliser ma servitude que ponctuellement, mais je ne veux pas la perdre en ne l'utilisant plus. Mais maintenant la "partie adverse" me propose de réduire l'accès par sa propriété à un passage une fois par an, ce que je trouve trop restrictif.
Aussi je souhaiterais savoir quelles sont les conditions d'usage (nombre de passages et horaires) d'une servitude qui peuvent s'imposer à un bénéficiaire ? (L'acte de servitude notarié est ancien et ne prévoit rien. Dans le cas présent la partie adverse invoque l'atteinte à sa vie privée, le passage longe les fenêtres de son salon, mais cela a toujours été le cas depuis l'établissement de la servitude, laquelle était pratiquée sans problème avant).
Par ailleurs, le compte-rendu de conciliation a-t-il une valeur juridique ? Même si je souhaite parvenir à un arrangement amiable et à une relation de voisinage correcte, je ne voudrais pas perdre l'usage de ma servitude en signant ce document.
Je vous remercie pour vos réponses.
Cordialement.
Jeanne
- Servitude de passage - Conditions d'usage
- Droit d'usage et d'habitation notaire - Guide
- Nom d'usage - Guide
- Etat d'usage - Guide
- Case l impôts conditions - Guide
- Prime d'usage - Accueil - Rémunération et paye
7 réponses
Bonjour,
Juridiquement, les conditions d'exercice d'une servitude de passage sont régis par l'acte notarié. La seule limite est l'abus indiqué par Yapasdequoi, à savoir un usage anormal de la servitude entraînant des nuisances exagérées.
Comment se manifeste le "refus" du propriétaire du fonds servant ? Il est juste oral, ou il met des obstacles sur le chemin ?
Si vous négociez un accord avec votre voisin, attention à ne pas vous faire avoir. Il a reçu une indemnité en échange de cette servitude, ou a payé son terrain moins cher. S'il onbtient quelque chose simplement dans l'espoir du "maintien de relations de bon voisinage", vous n'aurez aucune garantie concernant les relations, par contre il aura trouvé un bon moyen de chantage.
Si le terrain le permet, une solution pourrait être de décaler l'assiette de la servitude (aux frais du voisin), de sorte que le passage ne se fasse plus le long de ses fenêtres. Cela me semble un meilleur compromis que de chercher à restreindre votre droit d'accès.
Attention, un accord signé suite à une conciliation peut être homologué par un juge à la demande d'une des parties et devient exécutoire au même titre qu'un jugement. Ne signez pas n'importe quoi pour acheter la paix.
Bonjour,
Puisque la servitude est actée par un acte, il n'y a pas moyen de la contester sauf par un non usage pendant 30 ans.
Le voisin ne peut pas non plus la restreindre par des horaires ou des fréquences ou encore en bloquant le passage.
L'accord amiable de conciliation a pour objet de faire cesser le litige. MAis il n'a pas la valeur d'un jugement. Vous pouvez saisir le tribunal.
Le voisin pourra toutefois faire valoir un trouble anormal de voisinage si (par exemple) des passages répétés ou pire avec des engins motorisés à toute heure nuisent à sa tranquillité, ou bien si des intrus l'épient à travers ses fenêtres. Sinon il peut mettre des rideaux.
cf le code civil.
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006070721/LEGISCTA000006136258/#LEGISCTA000006136258
Bonjour,
Je vous remercie pour ces précisions et les références du code civil. Je vais m'appuyer sur l'article 701 pour répondre à la partie adverse.
Je n'ai pas l'intention de provoquer des troubles anormaux du voisinage, juste de pouvoir passer simplement (c'est un passage de "brouette"). La servitude a toujours été pratiquée jusqu'à l'arrivée de ces nouveaux propriétaires qui la contestent. J'aurais aimé trouver avec eux une solution amiable mais j'ai l'impression que le recours au juge va être nécessaire.
Merci encore pour vos conseils.
Cordialement.
Bonjour,
une servitude de passage conventionnelle peut parfaitement venir en complément d'une servitude légale (d'enclavement)
par conséquent, seul un accord entre les parties peut annuler cette servitude malgré la présence d'un autre accès.
Quant au nombre de passage ou d'horaire, il n'y a pas de restriction (sauf si votre acte prévoit autre chose)
L'atteinte à la vie privé ne rentre pas en ligne de compte ici ni le trouble de voisinage d'ailleurs.
vous n'avez donc aucuns intérêts a accepter les condition de votre voisin.
Bonjour,
Merci pour votre réponse et les précisions apportées concernant les conditions d'usage de la servitude.
Je vais rejeter la proposition de la partie adverse qui essaie de réduire l'usage de ma servitude. La conciliation va sans doute être infructueuse et je redoute d'aller devant le juge pour défendre ma position mais ce sera probablement la seule solution.
Merci encore pour vos conseils.
Cordialement.
Bonjour,
Je rejoins Isadore.
Attention à la conciliation, si un accord est consigné dans le procès verbal dressé par le conciliateur et que ce procès verbal est signé par les deux parties, il oblige les deux parties. Il a valeur d’un acte transactionnel, c’est une sorte de contrat, il fait la loi pour les parties. Si, en plus, le procès verbal est signé par le juge, il devient un titre exécutoire. Mais même non signé par le juge, c’est un contrat et,si vous n’exécutez pas le contrat, votre co-contractant pourra faire constater par le juge l’inexécutiondu contrat et le juge lui donnera raison.
La proposition de limiter le passage à une fois par an est en effet inacceptable. Je vois mal sur quoi vous pourriez céder sans abandonner en partie votre droit d’exploiter le verger.
Le voisin souhaiterait mettre fin à la servitude au motif que vous disposez d’un autre droit de passage. Sa prétention serait peut-être fondée si votre verger, enclavé à l’époque de l’établissement de la servitude, avait cessé de l’être. Mais le verger n’a pas cessé d’être enclavé du seul fait d’une tolérance. Une tolérance n’est pas un droit et un droit de passage ne peut s’acquérir par le seul effet du temps. C’est une servitude discontinue qui, comme en dispose l’article 691 du code civil, ne peut s’établir que par titre. Vous n’êtes pas assuré de pouvoir continuer à passer sur le chemin.
Quelles sont les conditions d'usage d’un droit de passage ?
Si ce droit résulte d’une servitude conventionnelle, les conditions d’exercice de la servitude sont fixées par les termes de l’acte de servitude. Si cet acte ne pose pas explicitement de limites en termes de fréquence ou d’horaire, il n’y a d’autres limites que celles imposées par le bon sens : vous y passez quand vous voulez mais ce doit être dans le seul but de vous rendre à votre verger, ce ne peut être dans le but de nuire au voisin.
Si ce droit résulte d’une servitude légale pour cause d’enclave, il est limité à ce qui est nécessaire à de l’exploitation du verger qui peut être considéré comme un terrain agricole ou comme un jardin d'agrément. Là encore c’est au bon sens qu’il faut se référer.
La configuration des lieux fait que l’exercice du droit de passage touche nécessairement un peu à la vie privée des occupants du fonds grevé de la servitude. Il en est ainsi depuis l’établissement de la servitude et le propriétaire du fonds servant doit s’y faire ou se résoudre à vendre.
Bonjour,
Je vous remercie pour cette réponse détaillée.
J'aimerais tant que le propriétaire du fonds servant fasse lui aussi preuve de bon sens !
Concernant le chemin privé que j'emprunte actuellement pour accéder à mon verger, ce dernier existait déjà lorsque la servitude dont je bénéficie a été établie. Depuis 130 ans la configuration des lieux n'a pas évolué, mon verger bénéficie toujours des mêmes possibilités d'accès (accès piéton uniquement). La servitude est très ancienne et ne précise pas de conditions particulières concernant son usage mais je me suis toujours contentée d'un passage raisonnable et discret (simple passage piéton). Cependant le nouveau propriétaire du fonds servant ne tolère pas l'idée que quelqu'un puisse passer chez lui et est très virulent à mon égard.
J'ai souhaité une conciliation dans un soucis d'apaisement mais celle-ci est vouée à l'échec car je ne peux effectivement pas accepter des conditions d'usage si restrictives qu'elles conduiraient quasiment à la suppression de la servitude.
Je vous remercie d'avoir pris le temps de répondre à mes interrogations.
Cordialement.
Vous n’avez pas trouvé la réponse que vous recherchez ?
Posez votre questionbonjour,
si vous respectez les conditions d'usage mentionnées dans le titre de servitude, je doute que votre voisin aille en justice, un avocat le lui déconseillera.
salutations.
Bonjour,
Merci pour cette vision positive. Mais à ce stade je ne peux plus du tout utiliser la servitude car le propriétaire me l'a interdit oralement mais de manière très virulente. Je ne peux "forcer" le passage sans que la situation dégénère.
Je vais sans doute devoir agir devant le juge car la partie adverse va laisser la situation s'enliser pendant des années jusqu'à ce que je perdre peut-être ce droit de passage.
Je vous remercie pour vos conseils.
Cordialement.
« je suis bénéficiaire d'une servitude de passage conventionnelle, reconnue par acte notarié, » : eh bien de ce fait, personne ne peut vous interdire d'utiliser ce droit.
Surtout si en plus il est dûment enregistré aux hypothèques (à vérifier - avec votre notaire).
Si rien de spécifique n'est mentionné dans l'acte à ce sujet, vous pouvez donc passer sur le tracé, tel qu'indiqué ou décrit dans l'acte, sans limite de durée ou de fréquence. Il n'y a pas à tergiverser et il est étonnant que le conciliateur n'a pas retenu ce fait.
Le fait que vous ayiez un, deux ou seize autres accès où votre passage serait "toléré" ne fait rien à l'affaire et n'annule ni ne réduit la servitude dont on parle.
Bonjour,
Je vous remercie pour ces précisions.
L' acte notarié (en date de 1890), qui a permis d'établir la servitude a bien été régulièrement enregistré auprès du service des hypothèques de l'époque et est consultable aux archives départementales. Je dispose également d'un exemplaire authentique avec mention des références prouvant son enregistrement.
Il n'est mentionné dans cet acte aucune condition particulière concernant son usage. Le conciliateur n'est pas intervenu sur ce point mais à sa décharge il faut reconnaître que la conciliation est difficile à mener, la partie adverse n'espérant que la suppression de cette servitude. C'est pourquoi j'ai fini par proposer un usage ponctuel mais là aussi c'est un échec. Je crois désormais que seule une procédure devant le juge pourra peut-être débloquer cette situation.
Je vous remercie pour vos conseils.
Cordialement.
Le conciliateur n’est pas un juge. Il ne lui appartient pas de qualifier les faits.
Dans la majorité des cas, un droit de passage n’est reconnu que sur un terrain enclavé. Le plus souventl’objet d’un acte relatif à un droit de passage n’est pas la concessiond’une servitude conventionnelle mais en réalité la reconnaissance d’une servitude légale et les modalités d’exercice de celle-ci qui s’éteint lorsque que le fonds dominant cesse d’être enclavé. En cas de litige le juge est amené à apprécier la nature, légale ou conventionnelle, de la servitude.Un exemple est donné dans l’arrêt de la cour de cassation du 24 septembre 2020 n°19-19.179 : elle en a souverainement déduit que la servitude n'avait été instituée qu'en raison de l'état d'enclave de la parcelle … et que l'état d'enclave avait cessé et que la servitude était en conséquence éteinte.
Le voisin qui souhaiterait mettre fin au droit de passage le long de sa maison aurait de grandes chances d’obtenir gain de cause si le chemin traversant une autre parcelle était un droit et non seulement une simple faculté.
Le cas présent est bien une enclave du fait que l'autre chemin pouvant être emprunté n'est pas une voie que l'intéressé peut de droit emprunter. Le seul droit qu'il puisse revendiquer est celui de passer le long de la maison de son voisin, ce qui caractérise l'état d'enclave.
Le caractère conventionnel de la servitude mentionnée dans l'acte est très douteux. Pour quelle raison cet acte a-t-il été passé ? Parce que le propriétaire du fonds servant voulait faire plaisir à son voisin ou parce qu'il fallait régler la question de l'enclave ?
Les deux voisins sont en conflit. Le premier souhaiterait que le second emprunte un chemin sur lequel il jouit d’une tolérance.
Si le conflit est porté devant le tribunal, on peut prédire l’issue du procès. Les juges ne statuent pas en jouant à pile ou face.
En la situation présente qui a été exposée, le premier sera certainement débouté parce que le terrain de celui avec qui il est entré en conflit est enclavé.
Mais dans l’hypothèse où l’autre chemin serait un chemin rural ou un chemin privé sur lequel aurait été institué un droit de passage formellement établi, le voisin qui souhaite qu’on ne passe plus par chez lui aurait les plus grandes chances de faire juger que la servitude grevant son terrain n’est pas une servitude conventionnelle mais une servitude légale qui s’est éteinte. J’ai cité une jurisprudence portant sur un cas similaire. Les arrêts de la cour de cassation ne sont pas que littérature.
« Le plus souvent l’objet d’un acte relatif à un droit de passage n’est pas la concession d’une servitude conventionnelle (...) » : certes, mais "le plus souvent" n'exclut nullement le fait que des actes entérinent des servitudes volontaires, conventionnelles !
Même sans état d'enclave.
Et chacun peut conclure autant de servitudes qu'il le souhaite.
Tant que la servitude de passage citée ci-dessus a une existence légale et tant qu'elle n'aura pas été annulée par décision de justice, dont personne ici ne peut préjuger du résultat, elle continue à exister jusqu'à extinction légale, prévue par les articles 703 à 710 du code civil.
Le reste n'est que littérature et le propriétaire du fonds servant ne peut imposer des restrictions aux termes contenus dans l'acte.
Bonjour,
Je vous remercie pour ces précisions.
Mon verger ne dispose que d'un accès piéton (passage de brouette) que ce soit via la servitude qui grève la propriété de la partie adverse ou le chemin privé que je suis contrainte d'emprunter par défaut. Depuis 1890, date d'établissement de la servitude (qui reste le chemin le plus court pour rejoindre la voie publique) la configuration des lieux n'a pas changé, aucun nouvel accès n'a été créé et ne sera a priori créé dans les années à venir.
Le propriétaire du fonds servant me refusant oralement mais fermement le passage sur sa propriété, mon seul recours sera sans doute une procédure devant le juge, ce que je regrette car il me semble avoir tous les documents prouvant mon bon droit.
Je vous remercie de votre analyse de ma situation.
Cordialement.
Bonjour,
Merci pour vos réponses.
L'acte notarié ayant établi la servitude date de 1890 et ne mentionne aucune indemnité particulière concernant cette contrainte. Depuis les propriétaires du fonds servant se sont succédés et le passage (passage de brouette) a toujours été utilisé sans problème et sans aggravation de la gêne. Cependant le nouveau propriétaire n'admet pas que je puisse passer chez lui et me l'a indiqué oralement. Cette personne a déjà été injurieuse à mon égard et même si l'accès ne semble pas bloqué je ne peux pas passer sans risquer que la situation dégénère. De plus la configuration des lieux ne permet pas de déplacer le tracé de la servitude.
Je vous remercie vivement de votre alerte concernant la valeur juridique d'un accord de conciliation homologué par un juge. Effectivement je ne peux pas signer un document qui de fait conduirait à trop restreindre une servitude ne mentionnant pas lors de sa constitution de conditions particulières.
Au vu de ces éléments je pense que la conciliation sera vouée à l'échec.
Encore merci pour vos conseils.
Cordialement.
Vous pouvez aussi vous rendre sur cette servitude accompagné d'un huissier pour constater si le voisin vous menace ou vous empêche de passer.
Dans l'état de ce que vous exprimez, rien ne permet de vous empêcher de passer.
Si besoin consultez un avocat.
PS : Des réponses sur un forum ne remplacent pas la consultation d'un avocat.