Généalogie : cette méthode répandue pour connaître ses ancêtres peut coûter 3750 € d'amende
C'est un phénomène observée par tous les sociologues : plus une société est en crise, plus ses membres partent à la recherche de leurs origines. La France n'échappe pas à la règle avec le succès croissant de la généalogie au cours des dernières décennies. Surtout depuis que les progrès de la science permettent de prendre appui sur la génétique pour établir la carte de ses origines : les test Adn ne remplacent pas la consultation des registres d'état-civil, mais ils sont de plus en plus utilisés pour savoir "d'où l'on vient"... Mais attention : en vertu d'une disposition législative peut connue, les Français qui partent à la recherche de leurs ancêtres s'exposent à une amende de 3750 €.
Depuis plusieurs années, les tests ADN dits "d'origine" connaissent un succès spectaculaire. A partir d'un simple échantillon de salive et pour un prix d'environ 50 à 100 €, on peut recevoir un kit permettant d'obtenir une estimation de ses origines. Ces tests promettent d'identifier les grandes zones géographiques dont seraient issus les ancêtres d'une personne, voire de retrouver des parents éloignés inscrits dans la même base de données. Il ne s'agit plus seulement de construire un arbre généalogique à partir de documents d'état-civil, mais de confronter l'histoire familiale à des données génétiques susceptibles de révéler des origines inattendues et des liens de parenté inconnus.
Avec une précision importante : ces tests peuvent être fiables pour identifier des liens de parenté entre deux personnes. Les résultats sont beaucoup plus approximatifs quand ils affirment que vous êtes, par exemple "à 35% italien, 25% irlandais, 10% russe", etc. Cette façon de présenter l'origine supposée de vos ancêtres oublient de préciser que ces résultats ne font que comparer les bases de données de l'entreprise sollicitée. Résultat : les pourcentages affichés peuvent varier d'un laboratoire à l'autre et évoluer au fil du temps à mesure que les bases de données et les algorithmes sont enrichis.
Que ces tests soient fiables ou non, en France aussi, le phénomène a pris de l'ampleur au cours des dernières années. Même s'il n'existe pas de statistiques officielles exhaustives, plusieurs estimations ont évoqué des centaines de milliers, voire plus d'un million de Français ayant déjà eu recours à un test ADN généalogique commandé auprès d'une société étrangère.
Seulement voilà... en France, le problème n'est pas seulement celui de la fiabilité : c'est aussi celui de la légalité ! L'article 226-28-1 du Code pénal est clair : "Le fait, pour une personne, de solliciter l'examen de ses caractéristiques génétiques ou de celles d'un tiers ou l'identification d'une personne par ses empreintes génétiques en dehors des conditions prévues par la loi est puni de 3 750 € d'amende." Et d'ailleurs, les publicités pour les tests Adn des sociétés (étrangères donc) sont interdits.
La France a choisi une approche particulièrement protectrice des données génétiques, considérées comme des informations personnelles parmi les plus sensibles. Un test ADN ne renseigne en effet pas seulement sur celui qui l'effectue : il peut aussi révéler indirectement des informations sur ses parents, ses frères et sœurs ou ses enfants, parfois sans leur consentement. À cela s'ajoute le risque de découvrir une filiation inattendue, un lien de parenté jusque-là inconnu ou certaines informations présentant un intérêt médical. D'où l'importance de l'amende et l'interdiction de la publicité.