12 millions de propriétaires sont désormais exposés à ce risque, une nouvelle réglementation leur est appliquée

12 millions de propriétaires sont désormais exposés à ce risque, une nouvelle réglementation leur est appliquée De plus en plus de propriétaires immobiliers sont menacés par un phénomène dont la rapide progression vient d'être mise en lumière par un arrêté publié au Journal officiel.

Soyons juste : en règle générale, mieux vaut habiter une maison individuelle qu'un appartement dans un immeuble collectif. Mais la vie de propriétaire d'une maison n'est pas toujours une sinécure. Chacun connaît les dégâts causés par les inondations, les tempêtes et autres catastrophes naturelles qui finissent par coûter cher aux assureurs, et donc aussi aux propriétaires. Mais un autre phénomène s'accentue depuis plusieurs années. Il menace aujourd'hui 55 % du territoire et plus de 12 millions de maisons, selon les dernières études publiées par l'Etat.

Longtemps considéré comme un risque localisé, presque anecdotique, il gagne régulièrement du terrain. Un phénomène discret, presque invisible, qui travaille en profondeur. Mais qui coûte déjà des milliards d'euros. 

Ce risque porte un nom technique : le retrait-gonflement des argiles (RGA). Il désigne l'alternance de sécheresse et de réhydratation des sols argileux, qui provoque des mouvements de terrain capables de fissurer les maisons, voire d'en menacer la solidité. Et selon les nouvelles données publiées par le ministère de la Transition écologique, son extension est impressionnante. 

Un arrêté du 9 février 2026 a mis à jour la carte nationale d'exposition à ce risque. À partir du 1er juillet prochain, 55 % du territoire métropolitain, hors Paris, sera classé en zone d'exposition moyenne ou forte. La précédente carte, publiée en 2020, ne concernait que 48 % du territoire et 10,4 millions de logements. Désormais, 12,1 millions de maisons individuelles, soit 61,5 % du parc, sont potentiellement exposées.

Cette révision tient compte de la "forte sinistralité de ces dernières années" et des effets du changement climatique . Entre 2018 et 2022, 240.000 sinistres liés au RGA ont été enregistrés, représentant à eux seuls 58 % de la totalité des dégâts constatés depuis 1989. Certaines régions, comme l'Auvergne-Rhône-Alpes, la Bourgogne-Franche-Comté, le Grand Est ou le Centre-Val de Loire, sont particulièrement concernées par l'élargissement des zones à risque.

Les conséquences sont très concrètes. À compter du 1er juillet 2026, les constructions neuves situées dans ces zones devront respecter des règles renforcées afin de limiter les dommages liés aux mouvements du sol. Des mesures de prévention devront également être mises en œuvre, notamment en matière de gestion des eaux autour des habitations.

L'enjeu financier est colossal. En 2022, année marquée par une sécheresse exceptionnelle, le coût des sinistres assurés liés au retrait-gonflement des argiles a dépassé 3,5 milliards d'euros, un record. Selon France Assureurs, le coût cumulé de la sécheresse pourrait atteindre 43 milliards d'euros sur la période 2020-2050, contre 14,3 milliards sur les trente années précédentes. De quoi menacer l'équilibre du régime d'indemnisation des catastrophes naturelles : le taux de cotisation, inchangé depuis vingt-cinq ans, a été relevé au 1er janvier 2025.

Le risque n'est donc plus marginal. Une simple fissure peut être le signe d'un phénomène beaucoup plus profond, appelé à s'intensifier avec le climat. Et désormais, plus d'une maison sur deux en France est potentiellement concernée.